Au printemps
Depuis quinze ans, chaque année, un signal me confirme l'arrivée du printemps. Au premier beau jour, de ma fenêtre, je vois un camion rouge vif rouler doucement dans le rang. Sans jamais descendre de son véhicule, l'homme avance dans ma cour, recule, et repart.
C'est tout. C'est le printemps !
Têtes de quenouilles dans le fossé qui mène au bois de mon fiancé. Photo 971228/23a.
l'homme possède
une ancienne
érablière
au bout du rang
autour des pleines lunes
selon les saisons
il nettoie le sous-bois
ou fait du bois de chauffage
les lamentations de sa scie à chaîne traversent le champ de blé d'Inde
résonnent jusqu'à ma table de travail
Depuis mon enracinement près de ses terres, j'observe le manège, en moi-même, je le nomme mon fiancé.
Célibataire
Mon fiancé, un célibataire de ma génération, habite au village.
Lumière, neige et quenouilles, 20 janvier 1998. Photo 971228/24a.
la semaine dernière
dans ma boite aux lettres
une ligne du feuillet paroissial
annonce une messe
pour le repos de l'âme
de mon fiancé
Juste un petit signe
Je dis à mon amie Stella. Née dans la paroisse, connaissant l'homme et les usages, les deux pieds bien à terre, elle me rétorque :
– « ...il laisse une belle fortune
...c'était pas un homme
qui en demandait beaucoup
juste un petit signe
pis tu s'rais riche
maintenant ! »
Adieu monsieur
comme quand
nous nous croisions au village
monsieur mon fiancé
je vous salue de la tête
et vous offre
mon plus beau sourire
adieu
le lundi 15 mars 1999 constante mouvance de mes paysages intérieurs