Bien qu'il préfère se souvenir du temps des récoltes, André Cloutier, 82 ans, me raconte la tradition orale transmise par son grand-père, son père et des faits de sa vie active.
Photo Hervé L. Cossette, Saint-Narcisse, comté de Champlain, Québec, collection Lucienne Cossette Lafontaine.
Saint-Narcisse, 1937
Joseph Pierre Cossette et la petite faux chez son fils Odilon.
Avant de faucher le foin, la petite faux servait à détourer les levées
de fossés et les clôtures. Ça empêchait les mauvaises herbes, les arbustes et les arbres de pousser. Aujourd'hui, ça ne se pratique plus, on voit partout des petits arbres pousser entre les clôtures et les champs de foin, sinon, ils utilisent des produits qui font mourir ces arbres là, le long des chemins. Ils empoisonnent les terres et l'eau.
André Cloutier poursuit :
André Cloutier remonte jusqu'aux années de la colonisation, il affirme presque dans un cri :
-« les gens n'avaient pas d'argent ! »
Dans ce temps là, on n'avait pas grand de terre il fallait avoir tout le terrain qui se cultivait. Ensuite de ça, on avait un petit
râteau qui avait des dents de bois, on ramassait ce qu'on avait fauché à la petite faux. On mettait le foin en botte et dans la voiture qui passait, de là l'origine des bottes de foin.
Selon les régions et les années, le temps des foins s'étale de juin à août.
Les colons ramassaient tout ce qu'ils pouvaient. Au village, certains qui n'avaient pas de terre gardaient un poulailler d'une quinzaine de poules. Pour les nourrir, ils demandaient aux cultivateurs la permission de ramasser les grains laissés sur le champ par les moissonneuses.
C'était ben d'l'ouvrage
À la fin des semences, des foins, des récoltes, un cultivateur qui voit à son affaire nettoie toutes ses machines pour l'année d'ensuite.
Mil du trèfle et du chiendent, quand les grains du mil deviennent bleus, c'est le temps des foins.
On se dépêchait pour faucher, faire le ménage dans la grange, voir si la fourche était correcte, les poulies, quand le foin était bon à entrer, on était prêts.
La nourriture pour les animaux, faut que ça se ramasse parce que si t'en avait pas t'avait rien pour les vaches, les chevaux, les moutons pour l'hiver. C'était ben d'louvrage.
Champ près du Veugle, Saint-Prosper-de-Champlain, le mercredi 28 juin 2000. Photo 00626/23a.
Quand on rentrait du bon foin on était heureux, mais quand on rentrait du mauvais foin, on était malheureux
C'est encore pareil aujourd'hui même si les machines sont différentes. C'est le jugement de l'homme terrien qui juge si le temps des foins est arrivé. Il faut qu'il compose avec la température, faut pas qu'il aille faucher quand il mouille à boire deboutte. La cueillette du foin demande beaucoup de connaissances qui viennent avec la pratique.
Les faire d'aplomb
Les gens avaient des familles de 12- 15 enfants, les hommes se remariaient deux ou trois fois, les femmes mouraient en couches. Dans ce temps là si une femme n'était pas en famille au bout de 9 mois, les curés les regardaient de travers. Avec la religion, c'était défendu d'empêcher la famille.
J. A. Ouellette remarié à Lilian Kellum après le décès de Marie Leclaire [Mary] (1876-1917), mère de ses enfants, morte en couches à 42 ans, après avoir mis
15 enfants au monde. Photo album de famille NO.
Baie-Missisquoi vers 1930
famille élargie Joseph Alfred Ouellette
Dans ma génération c'était encore défendu, moi j'ai dit au curé si vous étiez marié pendant 10 ans avec la même femme et qu'elle avait 10 enfants vous changeriez d'idée.
Quand une jument poulinait on l'amenait à l'étalon au bout de 9 jours. Quand une femme accouchait on faisait pareil c'est pour ça que les femmes mouraient, elles étaient trop faibles. Chez nous on était 5 enfants, ma mère en a eu 14, 9 fausses-couches. Ma mère était pas assez forte pour les faire d'aplomb.
-Dans votre ménage, aviez vous des moyens d'empêcher la famille ?
Tu battais au moulin dans grange, pis on jetait le grain dehors, la femme disait ôtes-toé, c'est dangereux !
André Cloutier, le vendredi 7 juillet 2000 propos recueillis à Saint-Prosper-de-Champlain
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