Art de vivre au Québec
Bagosse - baboche
alcool de fabrication artisanale
Nulle part !
Au su de tous, jusqu'à la fin des années 1950, les Québécois fabriquent,
trafiquent et consomment des alcools clandestins à très haute échelle.
Pourtant, mes recherches se butent à des pertes de mémoire
dès que je pose une question précise. Où se situaient les alambics ?
Les frères Jean-Louis et Antime Cossette, cabane Jean-Louis Cossette,
Saint-Prosper-de-Champlain. Photo collection Irène Cossette.
la fabrication
la consommation
le commerce
de l'alcool artisanal, illégal, frelaté, de contrebande
ailleurs !
Comment se faisaient la fermentation, la distillation ? Les gens interrogés dans les cabanes
à sucres, dans les maisons, connaissent le sujet. Ils affirment tous que les alambics étaient
chez le voisin, dans une autre famille, dans un autre village. L'alcool provenait d'un
«
No man's land
», situé nulle part, dans la montagne !
Abbé Joseph Poissant, (sera chanoine, nonce apostolique, curé à Boucherville) partie de sucre au
mont Saint-Grégoire, avril 1943.
dans cette recherche, aucun lien vérifiable ne lie textes et photos
renseignements
- une demande d'anonymat accompagne souvent l'autorisation de publier les transmissions orales
-tous inédits, les documents visuels viennent d'albums de famille
Dans le dossier bagosse, en plus des « qu'en dira-t-on » à soigner, l'assemblage
des morceaux dévoile une loi du silence scellée par des connivences entre les autorités
politiques, le clergé, l'argent et le pouvoir.
Glanures
De toute évidence, les anecdotes qui suivent ne représentent qu'une infime partie de la
saga de la bagosse ou baboche, ces temps ou :
-« Dans toutes les cabanes à sucre, il y avait dans un coin, un baril qui fermentait. »
Fernand Cloutier, Didace Gravel, André Cloutier, Léonce Frigon, les pieds dans l'eau.
1937 ou 1938
cabane à sucre de Benoît Cloutier, dans la montagne à Saint-Prosper-de-Champlain.
-« Ça coûte plus cher à fabriquer aujourd'hui
que ce qu'on peut acheter à la régie des alcools. »
-« On peut faire de l'alcool avec tous les vins, de blé, de cerises,
un vin de « bébittes ». Oui, le vrai mot : vin de bébittes,
fait à partir d'un froment qui faisait beaucoup de petites bébittes. »
Femmes et alcool
Parmi des personnages hauts en couleurs, se trouve, une grand-mère forte comme un bœuf. Elle habitait chez son fils,
contrebandier notoire, qui recevait à la maison tous les saoulons de la paroisse jusqu'à épuisement
des stocks ou l'effondrement des buveurs.
-« La vieille buvait son 40 onces de p'tit blanc, par jour, elle fendait du bois à
la hache et levait le coude comme un homme. »
Photo collection Carole Bacon (26 mars 2000).
à l'occasion
les filles et femmes de bonnes familles boivent un petit verre de vin de cerises ou de pissenlits
-« Les gars partaient en train, vendre leur alcool à Montréal,
dans les hôtels, comme l'hôtel Nelson. Ils mettaient la bagosse dans des gallons de verre qu'ils
laissaient tomber sur le ciment, plutôt que de se faire prendre ! »
Les gens se jouaient des tours, se faisant passer pour des inspecteurs de police pour faire peur.
Whisky, bière et prohibition
par Daniel Coulombe
« Le 10 avril 1919, le gouvernement québécois tient un vaste référendum
sur la question de la vente de la bière et du vin. Les Canadiens français, majoritaires dans la province,
votent en faveur de cette vente. »
Clovis Cossette et André Cloutier, Saint-Prosper-de-Champlain, 1935 ou 1936.
« C’est ainsi qu’en 1919, le Québec devient le seul endroit en Amérique du Nord à ne
pas être au régime sec. Seules les boissons fortes sont prohibées.
À partir de ce moment-là, en Estrie comme dans bien des régions du Québec,
de nombreuses distilleries artisanales voient le jour. La « bagosse » entre officiellement dans
l’histoire de la contrebande québécoise. »
« Les autorités sont alors confrontées à un nouveau phénomène. Le
gouvernement du Québec adopte une solution marginale, le
1er mars 1921, en étatisant le commerce de l’alcool. »