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Nichole Ouellette

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Art de vivre au Québec
Adélard Gravel (1883-1969)
postillon rural


Postillon

En 1932, Adélard Gravel devient postillon à Saint-Proper-de-Champlain. Il obtient le contrat de la Société Canadienne des Postes avec la plus basse soumission : 27,50 $ par mois.


Le postillon Gravel et un enfant, peut-être son fils Prosper, Saint-Prosper-de-Champlain, vers 1932. Photo collection Georgette Gravel-Gaboriault
vers 1932

la jument Nellie attelée sur la première voiture du postillon Adélard Gravel

Le contrat couvre 18 milles de route, à parcourir chaque jour ouvrable. Le postillon fournit ses moyens de locomotion.

Durant près de vingt cinq ans, Adélard Gravel utilise un cheval et une voiture ou une bicyclette en été, une sleigh et deux chevaux en hiver. Quand le territoire s'agrandit, son fils Prosper dessert le nouveau secteur dans une voiturette à deux roues, comme un "sulky", tirée par deux chiens.


La poste

Tant que la "malle" arrive par train, Paul Houde la ramasse à 07h00 et à 12h00, à la station, dans la montagne. Il transporte les sacs de la gare au bureau où la maîtresse de poste effectue le triage. Les résidents du village prennent leur courrier au bureau de poste.


Rue Principale, Saint-Prosper-de-Champlain G0X 3A0, juillet 1992. Photo 6985/13.

cette résidence abrite le bureau de poste

de 1872 à 1896
et de 1930 à 1968

À 08h00, le postillon rural charge les sacs de courrier dans sa voiture. Il dépose les colis et les missives dans la boite aux lettres de chacun des destinataires. Le parcours des rangs s'effectue en 5, 6, ou 7 heures selon le volume des envois et la température.


Par tous les temps

La fille de la maîtresse de poste du temps, Marguerite Gagnon, elle aussi maîtresse de poste de nombreuses années, se souvient d'Adélard Gravel :

«Il a bien travaillé cet homme, l'été au gros soleil, à bicyclette avec des sacs pour livrer les paquets. L'hiver, par tous les temps, dans les tempêtes et les chemins pas déblayés.

Dans ce temps là, le magasinage n'était pas facile comme aujourd'hui, les gens faisaient venir par catalogue de chez Dupuis frères, Eaton, etc. Les marchandises étaient livrées pas la poste.»


LE RÉVEIL RURAL

Je reproduis ci-dessous un extrait d'un entretien diffusé le vendredi 4 décembre 1959, à l'émission radiophonique LE RÉVEIL RURAL, à l'antenne de Radio Canada. L'entrevue agricole destinée aux agriculteurs du Canada Français présente Adélard Gravel.

Introduction :
«Pendant de nombreuses années le postillon a été le principal lien entre le cultivateur et le monde. Avant notre époque en effet on voyageait peu, on sortait rarement, et on avait peu connaissance de la vie en dehors de celle de notre entourage immédiat. Le postillon était alors tout un personnage, il semblait venir de très loin et on l'attendait.»


Dessin de Marie-Pier Couture, 9 ans, Saint-Prosper-de-Champlain 
le postillon était tout un personnage

-«Y disent que le grand air c'est bon pour la santé.» 

Adélard Gravel (1883-1969)
extraits sonores
:

-«L'hiver y a ben plus d'inconvénients, les chemins sont mauvais, on est obligé de faire notre trajet à tous les jours pareil. ...Le plus que j'ai manqué, les hivers les plus durs, ça été quatre jours.»
La boite disparaît sous la neige...
«...Camouflée, pis après ça, la tempête nous prend "su à" route. ...Si le propriétaire la déterre pas ou si y vient pas à "malle", on passe tout "droite". On est pas obligé de la livrer à la maison.

...livrer le courrier pis de m'en revenir, j'avais pas le temps de "placoter" avec tout à chacun.»

Pour être un bon postillon
-«...Faut être à temps, partir et pis d'être fiable, pis passer à tous les jours à peu près à la même heure, les gens se fient, le courrier s'en vient à telle heure, y va s'en venir, c'était mon principe ça.

...Si y s'amuse (le postillon) à parler trop, y a pas le temps de faire son ouvrage.

Les gens ont été assez "smatts", y "watchaient" le courrier, pis y venaient à la voiture, ou ben donc y préparaient leur boite pour être capable de mettre leur courrier dans la boite.

...j'ai toujours aimé ma job. J'ai jamais été "bâdré" d'abord parce que je faisais mon devoir comme y faut.»

Saint-Prosper-de-Champlain
4 décembre 1959

Québécismes

  • Badrer : déranger
  • Placotter : jaser, converser, parler
  • Smatt : gentil, aimable
  • Job : travail, emploi
  • Watcher : surveiller
  • Sulky : voiture à deux roues utilisée dans les courses de chevaux sous harnais
  • Bagosse ou baboche : alcool de fabrication artisanale, alcool frelaté

Les filles se souviennent

Marie-Paule et Georgette Gravel-Gaboriault, filles d'Adélard (1883-1969) et Régina Cloutier (1892-1974), se souviennent :

Marie-Paule, l'avant dernière, taquine la "parlure" de son père :

-« J'ai wui zenfants à nourrir avec 27,50 $ par mois »

Adélard Gravel, pipe au bec et capot de chat sauvage, en face de sa résidence de la rue Principale, Saint-Prosper-de-Champlain, décembre 1955.
-«Quand nous voyons arriver notre père en sifflant, nous savions qu'il était allé boire de la bagosse.»

Georgette

  • Métiers d'autrefois
  • La Poste aux chevaux, en France
  • La boite aux lettres de Lionel Marcotte, à Saint-Stanislas

Le chien

Vers les années 1940, à 15 ans, après l'école, pour aider son père, Prosper Gravel livre du courrier dans sa petite voiture tirée par des chiens. Une fois, un prédicateur de retraite fermée tue un de ses chiens dans un accident d'automobile.


Ma boite aux lettres, le 13 novembre 1998. Photo 981113/02a.
le prédicateur dit au jeune garçon de l'époque :
-«Allons mon fils, consolez-vous, le bon dieu vous enverra un autre chien.»

Soixante ans plus tard
Prosper Gravel affirme :

-«Je l'attends encore ce chien !»

le lundi 22 mars 1999
constante mouvance de mes paysages

 
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Revu le 2008-07-21